mercredi, 17 août 2005

10 disques Soul-Funk parus entre 1995 et 2005.

Il est certain que la Soul et le Funk ont connu leur apogée dans les années 60-70, et la liste de lives publiée précédemment en témoigne largement. Néanmoins, au milieu des années 90, différents artistes ont tenté de renouveler ce qui fût initié à l'époque. Certains des disques présentés ont été catalogués Nu-Soul (cette notion incluant un peu tout et n'importe quoi), d' autres reflètent des tendances différentes, ils ont pourtant en commun d'avoir tenté de remettre au goût du jour des sonorités peu à peu disparues. Tous ne sont pas des classiques indiscutables, mais au moins de bons albums faits par des artistes ayant une identité propre.

D'Angelo-Me&Those Dreamin' Eyes Of Mine Live At The Jazz Cafe(1995)
podcast

D'ANGELO BROWN SUGAR 1995:

Cet album  peut être considéré comme précurseur de la tendance Nu-Soul. En effet, D'Angelo retourne vers un son peu à peu disparu depuis les années 80, il s'inspire des grands de la Soul, tout en renouvellant leur style. Pas de beats synthétiques pour D' lui même musicien, mais un véritable travail autour d' instrumentations épurées, sur lesquelles se pose sa voix si particulièrement colorée. L' album qui s'ouvre sur l'excellent Brown Sugar garde une intensité intacte jusqu'au bout. On se souviendra de Me and those Dreamin' Eyes of Mine, Smooth, et Cruisin' comme autant de preuves du talent de cet artiste, qui confirmera l'ampleur de ses qualités avec Voodoo. Ce deuxième album témoigne d'une ouverture à de multiples influences; peut-être plus réussi que le précédent il mériterait également sa place dans cette liste.

MAXWELL'S URBAN HANG SUITE 1996

Cet artiste originaire de Brooklyn est à l'instar de de D'Angelo l'un des artisans du renouveau de la soul au milieu des années 90. Dans un style plus conventionnel, proche de celui de Marvin Gaye, il adopte une posture romantique pour parler à la femme qu'il aime avec des titres comme Wherever Whenever Whatever ou Til' the Cops Come Knockin', et choisit aussi des ryhtmes plus sulfureux comme sur Sumthin' Sumthin' ou Ascension. C'est grâce au MTV Unplugged qu'il atteint une notoriété plus importante, dévoilant alors également toute l'étendue de ses qualités vocales. Ses deux autres albums studio, Embrya (1998) et Now (2001), qui témoignent de la même qualité ont su prouver que Maxwell est un artiste incontournable de cette nouvelle tendance de la Soul.

ERYKAH BADU BADUIZM, 1997:

Elle incarne l'orientation féminine de la Nu Soul, héritant d'un charisme propre aux grandes divas des 60-70's et dotée d'un timbre peu commun, elle laisse entrevoir un univers extravagant ou la mise en scène a son importance. Elle joue de sa voix, de son image et initie à des textes singuliers. Pas de demi mesure, son style peut faire des inconditionnels ou laisser hermétique. Les sonorités de l'album sont retenues, essentiellement soul et quelques petites touches jazz affleurent dans Other side of the Game. On trouve aussi des moments plus rythmés ou l'energie de l'artiste est plus sensible, avec Apple Tree et On & On. Sur ses albums suivants, elle fera évoluer sa musique; aprés le succès de Mama's Gun elle sortira Worldwide Underground, tentative plus experimentale qui surprendra une partie de son public.

BILAL 1ST BORN SECOND, 2001

Ce jeune artiste pour le moins excentrique débarque avec cet ovni aux frontières des genres, allant des productions de Dr Dre sur Fast Lane et Sally à la Soul psychédelique de Sometimes. En dehors des figures mythiques de la musique noire, ce disque a emprunté la voie initiée par D'Angelo sur Voodoo, avec qui ce 1st Born Second tient la comparaison. Sa voix, capable de variations insoupçonnables, s'adapte à tous les styles. Le début de l'album est imprégné de Hip Hop, Common et Mos Def collaborent d' ailleurs au morceau Reminisce. La seconde partie est plus apaisée, composée de titres tels Queen of Sanity ou When You Will Call. Un premier essai très concluant pour cet artiste dont on espère rapidement un nouvel album.

JILL SCOTT EXPERIENCE 826+, 2001:

Cette chanteuse issue de Philadelphie est une des voix marquantes de la Soul actuelle. Au delà même de sa capacacité à adopter des tonalités multiples, c' est son charisme sur scène qui fait d'elle une artiste à part. Il est donc plus légitime de retenir son live, qui exprime davantage que les deux volumes studios Words and Sounds sont talent. Se mettant certaines fois dans la posture d'une véritable oratrice, sur Thickness par exemple, elle entretient une complicité privilégiée avec son public. Les titres du premier opus Who is Jill Scott sont réarangés pour l'occasion, orchestrés par son groupe Fatback Taffy de la plus belle des manières. Elle donne une seconde vie à des morceaux comme Slowly Surely, Gettin' In The Way et One Is The Magic Number. En plus des enregistrements en live se trouvent sur un second disque des inédits studio intéressants, avec des arrangements travaillés plus proches de son album précédent. 

PRINCE ONE NITE ALONE...LIVE, 2002:

Inutile de présenter Prince, qui a été sur le devant de la scène jusqu'au début des années 90. Des problèmes avec sa maison de disques le contraignent alors à une période de silence. Il réapparaitra à la fin de années 90, d'abord avec Rave Un2 the Joy, mais c'est véritablement avec Rainbow Children qu'il achève son retour, retrouvant des orientations musicales dont il s'était quelque peu détourné. Ce live reprend une partie des chansons de ce disque, Muse 2 the Pharaoh ou Family Name et quelques uns des ses anciens titres, par exemple Raspberry Beret et Diamonds & Pearls. Accompagné par son groupe NPG au grand complet, avec comme invité de luxe Maceo Parker, il nous offre une des meilleures performances live jamais enregistrées, avec en plus sur un troisième CD aves des extraits d'aftershow et des invités comme George Clinton ou Musiq. Du grand Art.

MESHELL NDEGEOCELLO COMFORT WOMAN, 2003:

Dernier album en date de la talentueuse Meshell, qui se consacre désormais à une carrière de bassiste, entourée de groupes comme Spirit Music Sextet et Spirit Music Jamia. Elle délaisse en effet l'interprétation vocale pour retrouver une place moins exposée au sein d'une formation musicale. Confort Woman se ressent alors comme l'aboutissement de sa carrière de chanteuse, après les talentueux Faithfull ( 1999) ou Cookie: The Anthropological mixtape (2002). Elle s'ouvre ici à des tendances diverses, utlisant des couleurs reggae notamment sur Good Intentions. Elle choisit de travailler les sonorités soul pour les mettre au sevice d 'un univers cosmique, le solo de basse sur Fellow Ship en témoigne largement. Sa voix tout en retenue, presque murmurante laisse place a de nouvelles trouvailles instrumentales comme sur Love Song. Un album difficilement classable, qui achève de faire de Meshell une artiste complète et inimitable.

KENDRA MYRIADMORPHONIC BIOCORPOMELODICREALITY SHAPESHIFTER, 2003:

Cette artiste fait partie des P-Funk All Stars, la formation de George Clinton. C' est l' une des représentantes de la jeune génération du groupe, qui contribue à l'évolution de ses sonorités. Cet album est l' une des trop rares productions de Clinton ces dernières années, et à son écoute on se rend compte que c' est bien dommage... A l'image du groupe, Kendra aborde plusieurs styles musicaux, et ce avec reussite. Certains titres tels Mrs Marley et Happenstance peuvent être qualifiés de Nu-Soul, mais certains autres comme In Our Minds ou Save Your Love For Me témoignent d' un univers musical plus étendu. Les guitares sur Possession-Free Philosophy ne sont pas sans rappeler Funkadelic, et l' ensemble des P-Funk est présent sur Bounce To This extrait d' un live à San Diego. Si vous voulez découvrir des morceaux de cet excellent disque injustement méconnu, c' est par ici.

AMP FIDDLER WALTZ OF A GHETTO FLY, 2004:

Voici un autre artiste qui a fait partie de P-Funk, mais qui a aussi apporté son talent à d' autres, Prince par exemple. Formé à la bonne école, cet excellent joueur de claviers a sorti son premier projet solo en 1990, With Respect, qui n' a malheuresement pas rencontré de succès public malgré ses qualités. Après diverses collaborations en tant que musicien et producteur, contribuant à le faire connaître du milieu musical, il sortira Waltz of A Ghetto Fly en 2004, qui lui apportera une plus grande notoriété publique. On y trouve d' intéressants invités, par exemple Raphael Saadiq qui a co-écrit Dreamin', J-Dilla à la production sur certains titres, et l' inévitable George Clinton en featuring sur Waltz Of A Ghetto Fly (qui cache d' ailleurs un autre morceau). I Believe in You, Superficial et Eye To Eye sont autant de témoignages des ses influences, Sly Stone ou Isaac Hayes entre autres. Il est en plus très bon sur scène, mais c' est la moindre des choses quand on a été membre des P-Funk! 

SHARON JONES & THE DAP-KINGS NATURALLY, 2005:

Sharon Jones a connu une carrière plutôt atypique, débutant très tôt une expérience scénique au côté d'artistes talentueux, notamment Maceo Parker. Ce n'est pourtant qu'au début des années 90 qu'elle propose des titres en solo. Engageant une tournée internationale avec les Soul Providers rencontrés au sein du label Desco Records, elle découvre la popularité de sa musique en Europe. C'est peu de temps après qu'elle signe son premier album, Dap Dippin' with Sharon Jones & The Dap-Kings en 2002 chez Daptone Records, puis Naturrally en 2005. Ce dernier, succès critique, l'a véritablement couronnée reine du Funk. Et il y a de quoi, puisque c' est un classique qui renoue avec les origines du genre, presque oubliées ces vingt dernières années. Il est difficile de citer des titres, ils sont tous excellents. Une petite préference pour How Do You Let a Goodman Down?, My Man Is a Mean man, et This Land Is Your Land. Elle a donné un nombre considérable de concerts cette année, particulièrement en France où elle sera encore présente à la rentrée. Incroyable!

 

Comme dans toute liste, il faut s' arrêter à un moment et certains excellents disques n'ont évidemment pas pu être mentionnés. Peut-être feront-ils l' objet d' une note dans le futur...   

 

 

 

 

vendredi, 05 août 2005

J-Live: The Hear After

medium_j_live.jpg
Here-The Hear After(2005)
podcast

 
Le nouvel album du Emcee récemment installé à Philadelphie sortira le 30 août.
Il s'agit de son troisième LP, après The Best Part (1999) et All of The Above (2002). Etant donnée la qualité de ces deux albums, c' est donc avec impatience que l' on attend ce nouvel opus, d' autant que son précedent maxi, Always Will Be avait laissé une impression d' inachevé.
The Hear After semble avoir été influencé par le son de Philly sur certains morceaux. Il faut préciser que James Poyser, figure emblématique de l' univers musical de la ville a apporté sa collaboration à la production, ce qui est généralement synoyme de qualité. Des artistes comme le groupe Jazz-Funk Soulive l' accompagnant sur Here et le chanteur Nu-Soul Dwele sur Coming Home élargissent considérablement son univers musical.
Il faut également rapeller que J-Live est un véritable touche à tout, et c' est tout naturellement qu'il assure lui même une bonne partie des productions de l' album. On retiendra notamment le titre Brooklyn Public, dans lequel il attire l' attention sur les nombreux disfonctionnements du système éducatif, en particulier son manque d' homogéneité. Ce morceau a une résonnance particulière, puisque son auteur a exercé pendant deux années le métier d' enseignant avant de se consacrer exclusivement à la musique. Il y a aussi Sidewalks, qui dresse un constat de la rue et de l' industrie Hip Hop, mettant l' accent sur le caractère néfaste d'un Gangsta rap stéréotypé, exacerbant alors les problémes liés au communautarisme.
On trouve aussi des titres moins engagés, tels Aaw Yeah et Shake, destinés à valoriser son flow et à faire bouger le public. Un album qui sait donc faire preuve de diversité, aussi bien dans les thèmes abordés que dans les beats, toujours travaillés, même si le manque de producteurs extérieurs se fait parfois sentir. Dans le premier extrait, Audio Visual, parfaitement produit et imprégné d' une atmosphère sombre rendue par les sonorités electro, l' artiste encourage le public à "voir avec ses oreilles".
  The Hear After est donc un album plus abouti que son précédent maxi et assurément l'un des meileurs de l'année 2005. Attention tout de même, ce disque ne tient pas la comparaison avec ses deux précédents LP's, considérés unanimement comme des classiques. Néanmoins, il reste bien au dessus de la moyenne des productions actuelles.
 J-Live confirme son statut d' incontournable de la scène Hip Hop et étoffe sa discographie d' une nouvelle oeuvre de qualité. En attendant la sortie officielle, vous trouverez ici trois titres pour vous donner une idée de ce que cela donnera. Visitez aussi son site pour plus d' informations. Bonne écoute!