vendredi, 23 septembre 2005

Saul Williams: Un poète experimental.

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Ohm-lyricist Lounge Vol.1(1998)
podcast

Saul Williams a manifesté très tôt un goût pour l'art sous diverses formes. Il apprécie particulièrement la poésie et après des études de Philosophie à Atlanta, il se dirige naturellement vers New York afin d'apprendre le métier d'acteur. C'est à cette periode qu'il s'est fait connaître lors d'open mic sessions dans quelques uns des lieux cultes dédiés au Slam, comme le Nuyorican Poets Cafe. Mais il est véritablement découvert grâce à Slam(1998), un film co-écrit avec Marc Levin, qu'il interprète. Ce long métrage a obenu de nombreuses récompenses, comme la Caméra d'Or à Cannes. Il retrace le parcours initiatique d'un jeune prisonnier vers l'univers poétique et familiarise alors le public avec le spoken word.

Parallèlement, il continue d'écrire. Trois recueils ont été publiés à ce jour, The Seventh Octave en 1997, She en 1999, et ,Said the Shotgun to the Head en 2003. Il apparaît donc comme un artiste atypique dans le mimieu du Hip Hop, refusant de s'inscrire dans les archétypes traditionnels. C'est en 2001 qu'il livrera son premier album solo, Amethyst Rockstar, après avoir collaboré avec différents artistes tels que KRS-1 ou De la Soul et contribué au classique underground de chez Rawkus RecordsLyricist Lounge Vol.1. Son univers est imprégné de différentes influences, et il manifeste la volonté de proposer un son expérimental. S'il a attendu si longtemps pour nous offrir cette première oeuvre musicale en solo, c'est que sa passion pour les mots était telle qu'il ne désirait pas les voir pervertis par l'usage de sonorités. Pour cela, il s'est principalement cantonné dans le Spoken Word et la poésie écrite pendant plusieurs années. 
 
Pour ce premier disque, il est épaulé par Rick Rubin (l'un des fondateurs de Def Jam avec Russel Simons) à la production et nous offre un opus aux sonorités complexes, oscillant entre Drum n' Bass et Rock. Les instrumentaux mêlent parties jouées par son groupe et breakbeats de DJ. Les textes sont évidemment le point fort de cet album, Saul Williams aborde avec talent des thèmes variés, de la responsabilité du père dans la communauté noire sur Our Father, aux problèmes culturels américains sur Om Nia Merican. Amethyst rock Star ne sonne définitivement pas comme les productions Hip Hop de l'époque, ce qui n'est pas un hasard, puisqu'il condamne les stéréotypes qui gangrènent le genre, en particulier sur le morceau A Penny for A Thought. Dans la lignée d'artistes comme KRS-One, RAKIM ou encore Public Enemy, il n'hésite pas à exposer ses convictions politiques, et insiste fortement sur l'éducation de la jeunesse noire Américaine.
L'orientation musicale de ce disque a certainement dérouté plus d'un auditeur, en particulier les "puristes" du Rap et plus généralement les adeptes de morceaux aux structures formatées. Néanmoins, il peut être considéré comme l'un des précurseurs de l'ouverture du Hip Hop à des tendances nouvelles. Il n'est pas étonnant que, quelques années après, soient arrivés dans les bacs des albums comme Electric Circus de Common, ou plus récemment The New Danger de Mos Def, qui offrent des sonorités innatendues et tentent d'élargir la palette musicale de leur genre.
En mars 2003, associé au collectif Not In Our Name, il a sorti l'EP Not In My Name chez Ninja Tune, en écoute ici . Le premier titre Pledge of Resistance est un enregistrement de discours dans lequel il met son talent poétique au service de l'opposition à la guerre en Iraq, aux dérives sécuritaires et à la politique du gouvernement Bush dans sa globalité. Ensuite, sur September 12th, morceau aux accents Hip Hop obscur, et Bloodletting à l'ambiance Drum n' Bass, il met en musique ce que lui inspire la politique Américaine depuis le 11 septembre. Cet EP contient aussi trois remixes de Pledge of Resistance.
Plus de deux ans après sa sortie, ce Not in My Name reste l'une des expressions les plus sincères d'un artiste américain contre cette guerre. 
Plus récemmment, en manifestation de son soutien aux victimes de l'ouragan Katrina, il a écrit When The Storm is Forgotten à lire sur la page d'accueil de son site. Il y condamne le manque de réaction et appelle au devoir de mémoire qu'impose ce triste évènement.
Son second LP intitulé Saul Williams est sorti en 2004 sur le label du magazine Fader. Il reste fidèle à sa formule, Spoken Word posé sur des instrumentaux aux influences diverses. Il est toujours préoccupé par l'état de la culture Hip Hop, sujet au centre de nombreux titres. Grippo, second morceau de l'album dresse un constat pessimiste de l'état du genre, évoquant les relations existantes entre race et  musique. Ce morceau est d'ailleurs une synthèse de la relation entre blancs et noirs dans la musique populaire américaine. Son flow se pose de façon caricaturale sur un beat aux accents Rock n' Roll. Sur P.J., il égratigne le Gangsta Rap et ses clichés les plus répandus, faisant une référence à 50Cent. Dans Telegram, il s'adresse au Hip Hop, en dénonçant de façon métaphorique les excès caractérisant le genre.
Hormis Talk to Strangers et Seaweed qui rappellent Amethyst Rock Star, les autres morceaux révèlent une écriture plus spontanée. Le message devient plus important que la manière de l'exprimer, comme sur Act III Scene 2 (Shakespeare) avec Zach de la Rocha en invité. Dans African Student Movement, il n'emploie que des mots juxtaposés au lieu de phrases construites pour transmettre son point de vue.
Même s'il a reçu de moins bonnes critiques que le précédent LP en raison de l'inévitable comparaison entre les deux, il reste un disque ambitieux qui se démarque indéniablement de ce qui se fait actuellement. Peut-être influencera t-il des artistes dans quelques années... Peu importe, Saul williams continue son exploration artistique et c'est cela qui est important. Pour se rendre compte, il est possible d'écouter des extraits du disque sur son site et de visionner quelques clips, dont celui de Black Stacey, excellent morceau.
                                                                                                                                                                            

Il s'est déjà produit cette année à de nombreuses reprises en France, notamment à L'Elysée Montmartre en avril 2005. Mike Ladd avait assuré la première partie de ce show durant lequel Saul a électrisé le public, seul sur scène avec un DJ et son micro dont il s'est parfois même passé. Le voir en live est le meilleur moyen d'apprécier toutes les qualités de cet artiste au charisme saisissant. Pour vous faire une idée, il repassera un peu partout dans le pays en décembre. Le concert parisien aura lieu au Nouveau Casino, salle qui nous offrira quelques bons moments cet automne, avec entre autres le concert de Jay Dee, J-Rocc et Phat Kat  le 27 novembre.

samedi, 10 septembre 2005

Maceo Parker: En attendant le concert au Bataclan...


 
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Advanced Funk(extrait)-School's In(2005)
podcast

Maceo Parker est probablement le musicien Funk le plus célèbre et le plus respecté au monde. Faire sa biographie reviendrait à conter l'histoire de ce genre musical. De sa rencontre avec James Brown en 1964 à la sortie de son dernier album intitulé School's In en 2005, The Teacher (comme le surnomme Prince) n'a cessé de faire partager au public du monde entier son talent. Il a collaboré avec des artistes plus charismatiques les uns que les autres, James Brown de façon épisodique, mais aussi le collectif Parliament-Funkadelic. Entre temps, il formera Maceo & The All King's Men en 1970, pemier groupe à le voir exercer le rôle de leader. Plus récemment, c'est au New Power Generation de Prince qu' il a offert ses qualités uniques, immortalisées sur One Nite Alone...Live. Il est aussi essentiel de rappeler qu'il a énormément travaillé avec deux autres figures emblématiques du Funk, à savoir le tromboniste Fred Wesley et le saxophoniste Pee Wee Ellis. Ils ont été membres des JB's, Fred Wesley ayant aussi travaillé en tant que musicien et arrangeur pour Parliament. Ces trois génies sont réunis sur plusieurs oeuvres, dont l'album Life On Planet Groove, enregistré live à Cologne en 1992, probablement son disque le plus célèbre.

 

Même s'il est souvent resté dans l'ombre des fortes personnalités avec lesquelles il a joué, à l'image de James Brown, il a toujours apporté une touche particulière aux groupes dont il a été membre, sachant faire évoluer sa façon de jouer sans jamais perdre son identité. Ces vingt dernières années, il s'est forgé une solide réputation en tant qu'artiste solo. Depuis la sortie du classique Roots Revisited en 1990, le saxophoniste enchaîne albums et concerts de qualité à une cadence qui force le respect, propageant ses sonorités inimitables à plusieurs générations d'auditeurs.

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Son dernier disque, intitulé School's In, paru récemment est une véritable leçon de Funk en 10 parties, fortement inspirée par son expérience avec Prince. La talentueuse Candy Dulfer, saxophoniste attitrée des NPG est d'ailleurs invitée sur le bel hommage à Sam Cooke What A Wonderful World. On y retrouve aussi le non moins talentueux Greg Boyer, aussi membre des NPG, qui s'est fait connaître dans les années 80-90 au sein de... Parliament-Funkadelic! Son fils Corey Parker apporte également sa contribution, puisqu'il est l'auteur et l'interprète du rap sur le rythmé What You Know About Funk. Ces artistes ont contribué à faire de School's In une valeur sûre, même s'il est vrai que le nom de Maceo Parker seul est un gage de qualité. Le cours débute de la plus belle des manières par To Be Or not To Be qui met immédiatement l'auditeur dans l'ambiance du disque. Plus loin, Basic Funk:101 et Advanced Funk représentent presque à eux seuls les différentes orientations du genre. A l'instar de ces morceaux, Speed Reading est une démonstration de ses qualités techniques. Il nous offre aussi une reprise sympathique des Jackson 5, ABC, sur laquelle son saxo reprend à la perfection les notes chantées par Michael voilà plus de trente cinq ans. Il rend un poignant hommage a un professeur sur Song For My Teacher, qui sonne plus jazzy que la majorité de l'album, tout comme Arts & Crafts. Aucun doute, Maceo est bien le plus à même d'apprendre à quiconque ce qu'est le Funk, comme il le dit sur I'm Gonna Teach You en clotûre. Le disque dans son ensemble figure en bonne place dans sa discographie, l'une des plus riches du Funk.

Alors qu'il a déjà donné un nombre conséquent de shows cette année, il sera de retour en France à l'automne, notamment à Paris au Bataclan le 20 Novembre. Comme vous devez le savoir, ses concerts aussi fréquents soient-ils, constituent toujours un évènement immanquable pour tout amateur de Funk. Pour des informations plus précises sur les dates de shows, faîtes un tour du côté de chez Infoconcert.

 

Afin de patienter jusqu'à sa venue, je vous propose une séléction de disques qui sont des classiques retraçant son immense carrière, de ses collabortions à ses oeuvres en tant que leader de groupe.

Ce live de James Brown a été enregistré dans le mythique Appollo Theater de New York en 1967. On y retrouve Maceo ainsi que Pee Wee Ellis pour une performance d'anthologie, composée de classiques de Mr Dynamite en très grande forme.

 

Considéré par beaucoup comme le chef d'oeuvre de Parliament, Mothership Connection est sorti en 1976. Fred Wesley et Maceo viennent conjuguer leur talent à la créativité de l'excentrique groupe de Clinton pour un disque intemporel.

 

Que dire de plus que ce qui a déjà été dit sur ce coffret signant le retour de Prince à des oeuvres de grande qualité. Maceo se joint au New Power Generation et forme avec Candy Dulfer et Greg Boyer un superbe trio de cuivres.

 

Sorti en 1990, Roots Revisited est le disque qui a lancé notre homme dans la carrière "solo" qu'on lui connaît aujourd'hui. Ses amis Fred Wesley et Pee Wee Ellis l'accompagnent tout au long du disque et propagent un son pur, ne reniant pas le Blues et le Jazz, qui sont à l'origine même du Funk. 

 

En plus de ses musiciens habituels, Maceo invite pour ce live enregistré en 1992 Kym Mazelle qui vient se déchaîner su I Got You (I Feel Good) et Got To Get You, ainsi que la jeune saxophoniste Candy Dulfer . Ce disque est un parfait exemple de ce que Maceo donne au public en concert, à savoir un Funk dont lui seul a le secret.

 

 

Ces cinq albums permettent d'apprecier sa carrière monumentale, mais ils ne suffisent évidemment pas à la résumer entièrement. Pour ceux qui souhaitent de plus amples informations concernant ce saxophoniste hors-pair, une visite sur l'un de ses sites officiels en français ou en anglais s'impose. 

Vivement le 20 novembre, date du concert parisien, qui sera à coup sûr un évènement à ne pas manquer.

 

 

 

23:40 Publié dans Funk | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : musiques