mardi, 13 décembre 2005

Retour sur les concerts Funk et Hip hop du mois de novembre à Paris

Voici un retour (un peu tardif) sur les nombreux concerts vus lors de ce mois de novembre 2005 riche en Soul, Funk et Hip Hop dans la capitale.
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GETTING UP FESTIVAL LES 9 ET 10 NOVEMBRE

Les festivals de Hip Hop dans la capitale sont assez rares, et ceux qui ont en mémoire le fiasco Hip Hop Don't Stop à Bercy en 2004 ne s'en plaindront sûrement pas. Cependant, les choses étaient assez différentes ici, puisque cela se déroulait cette fois à l'Elysée Montmartre et en partenariat avec Hip Hop Resistance, qui nous a offert de grands concerts ces dernières années.

Nous nous intéresserons ici aux performances des artistes américains, à savoir Scratch et The Alkhaoliks le 9 novembre, mais surtout Le crew D.I.T.C. et Public Enemy le 10. A noter que N.O.R.E. qui devait être là le 9 et Biz Markie qui devait assurer l'after du 10 au Bataclan ne sont pas venus.

Scratch, le Beat-Boxer membre des Roots, nous a présenté une performance originale, samplant sa propre voix en direct pour se créer un beat, pour ensuite se poser dessus. Tout simplement impressionnant. Son premier album solo, The Embodiment of Instrumentation, l'est d'ailleurs aussi, puisque les instrus sur lesquels ses nombreux invités prêtent leur voix sont presque exclusivement assurés par son beat-box. Probablement le meilleur moment de cette première soirée.

Pour clore ce premier jour, le trio californien The Alkaholicks, composé des Mcs Tash et J-Ro et du Dj E-Swift, a livré un show dans l'esprit du groupe, bières à la main, et jeunes filles sur scène pour le dernier morceau, Best U Can. Malgré un univers assez restreint, leur show était bien rôdé et entrainant, même si l'on peut dire que le public n'a pas été très réactif à leur prestation.

 

Le bilan de cette première soirée était globalement positif, sans pour autant être exceptionnel. Mais voilà, la deuxième soirée allait nous offrir un show que l'on peut qualifier d'anthologique, avec les performances du D.I.T.C. et de Public Enemy.

 

Après une première partie assurée par Al Peco, ayant eu la lourde tâche de mettre le public dans l'ambiance, le D.I.T.C. a investi la scène de l'Elysée. Représentés par O.C., Lord finesse, A.G., Diamond D, ainsi que DJ Roc Raida, l'un des magiciens membre des X-Ecutionners, ils ont été fidèles à leur réputation . Les meilleurs morceaux du crew et des membres en solo y sont passés, mixés par un Roc Raida en grande forme. Rien à redire, vraiment une prestation de qualité. De plus, la soirée était alors loin d'être finie, le meilleur restait encore à venir...

Contrairement à ce que les pessimistes prédisaient, Public Enemy s'est bien présenté au public de l'Elysée Montmartre au grand complet pour achever ce Getting Up Festival, et ce de la plus belle des manières.

Accompagnés de très bon musiciens (batterie, basse et guitare) et d'un DJ performant (Lord, successeur de Terminator X) les vétérans de P.E. ont livré un show énorme. L'infatigable Chuck-D a littéralement porté le groupe, aidé par Flavor Flav plus déjanté que jamais, et dans une moindre mesure par Professor Griff, nettement plus éffacé. Les deux représentants des S1-W présents ont ajouté au jeu de scène par leurs chorégraphies à base de pas militaires et de maniement de sabre. La plupart des titres qui ont fait leur histoire ont été interprétés, parmi lesquels 911 is a Joke, Fight The PowerWelcome to The Terrodome ou encore Shut Em' Down, à chaque fois accueillis par les cris du public. Leur prestation mêlant Hip Hop et Rock a emprunté l'énergie commune aux deux genres, pour un résultat impressionnant, nous rappelant par la même occasion qu'ils n'ont cessé depuis leurs débuts de fusionner ces genres.

Même s'ils sont toujours aussi hostiles aux pouvoirs en place (Bush au premier plan et Chirac pour l'occasion), ils sont apparus plus apaisés qu'auparavant. Chuck-D, porteur d'un message lucide sur les débordements qui avaient lieu en France, pointait notamment du doigt les média Anglo-saxons et leur traitement plus que douteux de l'information.

Visiblement heureux de revenir à Paris, le groupe toujours par l'intermédiaire de Chuck D, a témoigné son affection au public français, à qui un grand moment a été offert. Ce show a été clos par une démo à la batterie d'un Flavor Flav intenable, qui s'était jeté dans la foule quelques temps auparavant, et qui à l'instar de Chuck D n'a rien perdu de son énergie.

 

Un pari risqué mais tenu pour Hip Hop Résistance et les autres organisateurs qui nous ont offert un festival globalement reussi, même s'il est vrai que les meilleurs moments ont eu lieu le second soir.

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 MACEO PARKER LE 20 NOVEMBRE.

C'est dans un Bataclan qui affichait complet que le saxophoniste de génie s'est présenté à son public parisien. Pendant plus de deux heures, ll a livré une performance impressionnante, alternant judicieusement entre une présence valorisant le reste du groupe, des moments chantés, et les fameux solos de saxo qui donnaient la certitude de n'avoir rien perdu avec les années.

 Il a offert au public différents hommages, comme celui à James Brown avec Pass the Peas et celui à George Clinton avec la reprise du célèbre refrain de Mothership Connection, n'oubliant pas ceux avec qui il a pu partager ses premiers moments sur scène. Pour l'occasion notons que Maceo s'était d'ailleurs entouré de Marta High, célèbre choriste de James qui partagait avec force, malgré sa prestation restreinte l'énergie des musiciens. Il a également rappelé en mémoire le célèbre Georgia de Ray Charles, paré de ses lunettes noires, il a interprété le morceau de façon fidèle à la prestance de l'artiste. A relever aussi la présence de son fils Corey qui reprend à sa manière la tradition familiale, ses apparitions amenant une note hip hop aux rythmes funky de son père. Il nous a également gratifié d'extraits de son dernier album, School's In, comme Advanced Funk ou encore To Be or Not To Be, qui a bénéficié d'une mise en scène amusante, une des membres du staff venant déclamer en costume des fameux vers de Shakespeare.

Le groupe époustouflant, à l'image de leur leader, a fait preuve d'une maitrise extraordinaire, due en grande partie à l'experience de Geg Boyer (trombone), et à l'énergie inépuisable du clavier. Tout était donc parfaitement orchestré pour un show à la hauteur du talent de cette légende du funk.

    

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GWEN McCRAE LE 22 NOVEMBRE

Gwen Mc Crae fait partie des artistes qui malgré un relatif silence discographique continuent de faire exister la soul et de donner du plaisir sur scène au public. Elle a assuré sa cinquième apparition cette année dans la capitale ce 22 novembre à la Scène Bastille, après ses passages au New Morning en juillet (une prestation qu'il faut relever puisqu'elle donnera lieu à la sortie prochaine d'un cd live). On l'a également retrouvée auprès des JB Divas et de Roy Ayers (lors de la première édition des Groove And Funky Nights au Bataclan). Elle est toujours accompagnée du même groupe, The Soul Power All Stars, qui a suivi cette année des légendes du Funk et de la Soul, les JB Divas, la defunte Lyn Collins ou encore Pee Wee Ellis, et qui contribue d'ailleurs largement à la qualité des shows.

C'est dans une salle presque trop remplie qu'elle est arrivée pour livrer au plublic une performance énergique. Sa voix rauque et éraillée rappelant parfois celle de de James Brown nous replonge dans la soul des années soixante, elle se pose magnifiquement sur des titres comme 90% of me is you, que la salle entonne volontiers. Gwen Mc Crae chante avec force devant le regard complice des musiciens qui servent totalement sa performance.C'est avec une émotion non dissimulée qu'elle recoit les manifestations chaleureuses du public à l'écoute de ses morceaux. Un concert agréable, qui démontre les qualités intactes de la Queen of Rare Groove.

Infatigable, elle a promis de revenir dans la capitale dès l'année prochaine. D'ici là, son premier album live enregistré cette année au New Morning sera sorti, pour le plaisir de ses admirateurs, particulièrement ceux qui ont eu la chance d'être à ses concerts.

 

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J-DILLA, DJ RETHMATTIC, PHAT KAT, FRANK N DANK LE 27 NOVEMBRE

Malgré un état de santé plus que préoccupant ces derniers temps, Jay Dee a tenu à assurer sa tournée en Europe. C'est donc dans une atmosphère chargée en émotion qu'il s'est présenté au Nouveau Casino en chaise roulante, très amaigri et visiblement souffrant. Beaucoup de choses concernant ses problèmes de santé ont circulé sur le net ces derniers temps, et même s'il est difficile de savoir ce qui est vrai ou pas, il est évident qu'une personne dans son état devrait se soigner et se reposer plutôt qu'assurer une tournée. Cependant, si sa volonté est d'être auprès de son public, on ne peut que la respecter, et saluer son courage.

Après  la première partie assurée par Dj Gero, c'est DJ Rethmattic, membre du groupe The Visionnaries qui par son talent nous a fait oublier l'absence de J-Rocc, initialement prévu pour cette soirée. Son set, durant lequel il a fait apprécier sa technique sur quelques classiques du Hip Hop, a ouvert cette soirée de belle manière. Frank N Dank suivis de Phat Kat sont ensuite arrivés, et même s'ils ne sont pas des bêtes de scène, l'énergie déployée et leur émotion apparente ont largement éffacé les lacunes techniques de leur prestation.

Ensuite, à la demande de l'organisateur, la foule s'est scindée en deux pour faire place à Jay Dee, accompagné de sa mère venue le soutenir. Son arrivée a constitué le moment le plus fort du concert, le public l'applaudissant sans cesse pour lui témoigner son affection et son soutien, certains d'entre nous ne pouvant s'empêcher de verser une larme. Encore une fois, son courage est à souligner, puisque il est resté plus de 30 minutes sur scène à poser sa voix sur des extraits d'innombrables morceaux d'anthologie qu'il a offert au Hip Hop, comme ceux qu'il a produit pour Common, A Tribe Called Quest, De La Soul, The Pharcyde ou encore sa récente collaboration avec Madlib, Champion Sound.

Ce concert était un évènement particulier, les mots ne sont pas suffisants pour le décrire, et tous ceux qui y ont assisté ne sont pas prêts de l'oublier. Pour voir de nombreuses photos du show, rendez-vous ici. Evidemment, nos pensées vont à Jay Dee, à qui nous souhaitons de se rétablir au plus vite. Une fois n'est pas coutume, un grand merci à Hip Hop Résistance pour cette soirée mémorable, et pour tous les shows de qualité qu'ils ont su entreprendre ces dernières années, malgré des moyens que l'on imagine restreints.

 

Si l'ont ajoute à ces évènements le concert de Jaguar Wright relaté récemment, et ceux non vus comme Tower Of Power au Bataclan, on peut dire que le public parisien amateur de ces musiques aura été gâté le mois de dernier, et ceux qui ont vu ces concerts auront de nombreux souvenirs en tête pour longtemps...

 

 

vendredi, 23 septembre 2005

Saul Williams: Un poète experimental.

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Ohm-lyricist Lounge Vol.1(1998)
podcast

Saul Williams a manifesté très tôt un goût pour l'art sous diverses formes. Il apprécie particulièrement la poésie et après des études de Philosophie à Atlanta, il se dirige naturellement vers New York afin d'apprendre le métier d'acteur. C'est à cette periode qu'il s'est fait connaître lors d'open mic sessions dans quelques uns des lieux cultes dédiés au Slam, comme le Nuyorican Poets Cafe. Mais il est véritablement découvert grâce à Slam(1998), un film co-écrit avec Marc Levin, qu'il interprète. Ce long métrage a obenu de nombreuses récompenses, comme la Caméra d'Or à Cannes. Il retrace le parcours initiatique d'un jeune prisonnier vers l'univers poétique et familiarise alors le public avec le spoken word.

Parallèlement, il continue d'écrire. Trois recueils ont été publiés à ce jour, The Seventh Octave en 1997, She en 1999, et ,Said the Shotgun to the Head en 2003. Il apparaît donc comme un artiste atypique dans le mimieu du Hip Hop, refusant de s'inscrire dans les archétypes traditionnels. C'est en 2001 qu'il livrera son premier album solo, Amethyst Rockstar, après avoir collaboré avec différents artistes tels que KRS-1 ou De la Soul et contribué au classique underground de chez Rawkus RecordsLyricist Lounge Vol.1. Son univers est imprégné de différentes influences, et il manifeste la volonté de proposer un son expérimental. S'il a attendu si longtemps pour nous offrir cette première oeuvre musicale en solo, c'est que sa passion pour les mots était telle qu'il ne désirait pas les voir pervertis par l'usage de sonorités. Pour cela, il s'est principalement cantonné dans le Spoken Word et la poésie écrite pendant plusieurs années. 
 
Pour ce premier disque, il est épaulé par Rick Rubin (l'un des fondateurs de Def Jam avec Russel Simons) à la production et nous offre un opus aux sonorités complexes, oscillant entre Drum n' Bass et Rock. Les instrumentaux mêlent parties jouées par son groupe et breakbeats de DJ. Les textes sont évidemment le point fort de cet album, Saul Williams aborde avec talent des thèmes variés, de la responsabilité du père dans la communauté noire sur Our Father, aux problèmes culturels américains sur Om Nia Merican. Amethyst rock Star ne sonne définitivement pas comme les productions Hip Hop de l'époque, ce qui n'est pas un hasard, puisqu'il condamne les stéréotypes qui gangrènent le genre, en particulier sur le morceau A Penny for A Thought. Dans la lignée d'artistes comme KRS-One, RAKIM ou encore Public Enemy, il n'hésite pas à exposer ses convictions politiques, et insiste fortement sur l'éducation de la jeunesse noire Américaine.
L'orientation musicale de ce disque a certainement dérouté plus d'un auditeur, en particulier les "puristes" du Rap et plus généralement les adeptes de morceaux aux structures formatées. Néanmoins, il peut être considéré comme l'un des précurseurs de l'ouverture du Hip Hop à des tendances nouvelles. Il n'est pas étonnant que, quelques années après, soient arrivés dans les bacs des albums comme Electric Circus de Common, ou plus récemment The New Danger de Mos Def, qui offrent des sonorités innatendues et tentent d'élargir la palette musicale de leur genre.
En mars 2003, associé au collectif Not In Our Name, il a sorti l'EP Not In My Name chez Ninja Tune, en écoute ici . Le premier titre Pledge of Resistance est un enregistrement de discours dans lequel il met son talent poétique au service de l'opposition à la guerre en Iraq, aux dérives sécuritaires et à la politique du gouvernement Bush dans sa globalité. Ensuite, sur September 12th, morceau aux accents Hip Hop obscur, et Bloodletting à l'ambiance Drum n' Bass, il met en musique ce que lui inspire la politique Américaine depuis le 11 septembre. Cet EP contient aussi trois remixes de Pledge of Resistance.
Plus de deux ans après sa sortie, ce Not in My Name reste l'une des expressions les plus sincères d'un artiste américain contre cette guerre. 
Plus récemmment, en manifestation de son soutien aux victimes de l'ouragan Katrina, il a écrit When The Storm is Forgotten à lire sur la page d'accueil de son site. Il y condamne le manque de réaction et appelle au devoir de mémoire qu'impose ce triste évènement.
Son second LP intitulé Saul Williams est sorti en 2004 sur le label du magazine Fader. Il reste fidèle à sa formule, Spoken Word posé sur des instrumentaux aux influences diverses. Il est toujours préoccupé par l'état de la culture Hip Hop, sujet au centre de nombreux titres. Grippo, second morceau de l'album dresse un constat pessimiste de l'état du genre, évoquant les relations existantes entre race et  musique. Ce morceau est d'ailleurs une synthèse de la relation entre blancs et noirs dans la musique populaire américaine. Son flow se pose de façon caricaturale sur un beat aux accents Rock n' Roll. Sur P.J., il égratigne le Gangsta Rap et ses clichés les plus répandus, faisant une référence à 50Cent. Dans Telegram, il s'adresse au Hip Hop, en dénonçant de façon métaphorique les excès caractérisant le genre.
Hormis Talk to Strangers et Seaweed qui rappellent Amethyst Rock Star, les autres morceaux révèlent une écriture plus spontanée. Le message devient plus important que la manière de l'exprimer, comme sur Act III Scene 2 (Shakespeare) avec Zach de la Rocha en invité. Dans African Student Movement, il n'emploie que des mots juxtaposés au lieu de phrases construites pour transmettre son point de vue.
Même s'il a reçu de moins bonnes critiques que le précédent LP en raison de l'inévitable comparaison entre les deux, il reste un disque ambitieux qui se démarque indéniablement de ce qui se fait actuellement. Peut-être influencera t-il des artistes dans quelques années... Peu importe, Saul williams continue son exploration artistique et c'est cela qui est important. Pour se rendre compte, il est possible d'écouter des extraits du disque sur son site et de visionner quelques clips, dont celui de Black Stacey, excellent morceau.
                                                                                                                                                                            

Il s'est déjà produit cette année à de nombreuses reprises en France, notamment à L'Elysée Montmartre en avril 2005. Mike Ladd avait assuré la première partie de ce show durant lequel Saul a électrisé le public, seul sur scène avec un DJ et son micro dont il s'est parfois même passé. Le voir en live est le meilleur moyen d'apprécier toutes les qualités de cet artiste au charisme saisissant. Pour vous faire une idée, il repassera un peu partout dans le pays en décembre. Le concert parisien aura lieu au Nouveau Casino, salle qui nous offrira quelques bons moments cet automne, avec entre autres le concert de Jay Dee, J-Rocc et Phat Kat  le 27 novembre.

vendredi, 05 août 2005

J-Live: The Hear After

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Here-The Hear After(2005)
podcast

 
Le nouvel album du Emcee récemment installé à Philadelphie sortira le 30 août.
Il s'agit de son troisième LP, après The Best Part (1999) et All of The Above (2002). Etant donnée la qualité de ces deux albums, c' est donc avec impatience que l' on attend ce nouvel opus, d' autant que son précedent maxi, Always Will Be avait laissé une impression d' inachevé.
The Hear After semble avoir été influencé par le son de Philly sur certains morceaux. Il faut préciser que James Poyser, figure emblématique de l' univers musical de la ville a apporté sa collaboration à la production, ce qui est généralement synoyme de qualité. Des artistes comme le groupe Jazz-Funk Soulive l' accompagnant sur Here et le chanteur Nu-Soul Dwele sur Coming Home élargissent considérablement son univers musical.
Il faut également rapeller que J-Live est un véritable touche à tout, et c' est tout naturellement qu'il assure lui même une bonne partie des productions de l' album. On retiendra notamment le titre Brooklyn Public, dans lequel il attire l' attention sur les nombreux disfonctionnements du système éducatif, en particulier son manque d' homogéneité. Ce morceau a une résonnance particulière, puisque son auteur a exercé pendant deux années le métier d' enseignant avant de se consacrer exclusivement à la musique. Il y a aussi Sidewalks, qui dresse un constat de la rue et de l' industrie Hip Hop, mettant l' accent sur le caractère néfaste d'un Gangsta rap stéréotypé, exacerbant alors les problémes liés au communautarisme.
On trouve aussi des titres moins engagés, tels Aaw Yeah et Shake, destinés à valoriser son flow et à faire bouger le public. Un album qui sait donc faire preuve de diversité, aussi bien dans les thèmes abordés que dans les beats, toujours travaillés, même si le manque de producteurs extérieurs se fait parfois sentir. Dans le premier extrait, Audio Visual, parfaitement produit et imprégné d' une atmosphère sombre rendue par les sonorités electro, l' artiste encourage le public à "voir avec ses oreilles".
  The Hear After est donc un album plus abouti que son précédent maxi et assurément l'un des meileurs de l'année 2005. Attention tout de même, ce disque ne tient pas la comparaison avec ses deux précédents LP's, considérés unanimement comme des classiques. Néanmoins, il reste bien au dessus de la moyenne des productions actuelles.
 J-Live confirme son statut d' incontournable de la scène Hip Hop et étoffe sa discographie d' une nouvelle oeuvre de qualité. En attendant la sortie officielle, vous trouverez ici trois titres pour vous donner une idée de ce que cela donnera. Visitez aussi son site pour plus d' informations. Bonne écoute!

dimanche, 17 juillet 2005

Jean Grae: Real hip hop!

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Devant le machisme inhérent au milieu Hip Hop, qui cantonne souvent ses rares représentantes féminines à des rôles plus que caricaturaux, il est important de mettre en lumière une de ces artistes pour qui musique rime avec intégrité.

Jean Grae, est originaire d’Afrique du Sud. Elle y passe une partie de son enfance mais devant le contexte politique du pays, ses parents décident l’exil vers les États Unis. Au sein d’une famille d’artistes, mère chanteuse et père pianiste, Jean Grae s’ initie à de multiples disciplines, la danse notamment où elle excelle, puisqu’elle rejoint la seconde compagnie du célèbre Alvin Ailey. Mais elle ne veut pas se contenter de cela et continue de perfectionner ses connaissances artistiques. Elle s’oriente alors plutôt vers la musique, précisément le Hip Hop, faisant connaissance avec certaines des figures emblématiques de l’underground de l’époque parmi lesquelles Mos Def et Talib Kweli. C’est à cette époque qu’elle forme son premier groupe, Ground Zero, remarqué dans la rubrique Unsigned Hype du magazine The Source (encore respecté en ce temps là…). Elle rompt alors paradoxalement avec cette formation pour rejoindre Natural Resource avec qui elle formera le label Makin’ Records. L’aventure tournera court en 1999, lui offrant l’ opportunité d’ une carrière solo. Elle se fait connaître en collaborant avec divers artistes, DJ Spinna, The Beatminerz, Mr Lif entre autres et surtout DJ Mr Lens, ex-Company Flow qui contribuèrent à la faire appeler "The Cameo Queen". Depuis 2001, elle accumule donc apparitions et mixtapes, mais c’ est en 2004, son année la plus prolifique, que son premier album solo This Week voit le jour chez Babygrande. Elle continue néanmoins de mettre son talent au service d’ autres artistes, notamment The Roots, sur leur dernier album The Tipping Point et la compilation Okayplayer True Notes Vol.1.

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Pour ceux (comme moi) qui n’ ont pas eu la chance de la voir sur scène à Belfort lors de l’ édition 2005 des Eurockéennes, sa performance avec les Roots et de nombreux invités en 2004 à New York (disponible en DVD) est un bel exemple de ses talents de Emcee. La sortie de sa dernière mixtape Hurricane Jean: The Jeanius Strikes Again début Juillet, avec des sons plutôt sombres et un flow toujours aussi percutant est une bonne occasion de découvrir, si ce n’ est pas déjà fait, cette artiste incontournable du Hip Hop d’ aujourd’hui et de demain. Pour plus d’ informations, visitez son site officiel et bien sûr l’ éternel Okayplayer.

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jeudi, 07 juillet 2005

Lauryn Hill: Concert à Bercy le 05/07/2005

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PETIT RAPPEL:

Dilemme du 5 Juillet: Le même soir, Lauryn Hill et Sharon Jones étaient sur scène. La première se produisant à Bercy et la seconde au New Morning. La primeur de la mise en vente des places étant réservée à Lauryn Hill, c'est donc l' ignorance de la venue de Sharon Jones qui imposa le choix. Eh oui, plus d'hesitation possible les places en poche.

Le concert a commencé vers 21 h 45, dans une salle remplie aux deux-tiers par des spectateurs visiblement excités à l' idée de voir Lauryn, mais relativement crispés par son arrivée tardive. Néanmoins, dès son entrée, c' est un public conquis qu' elle a trouvé. Il faut préciser qu' il s' agissait pour elle d' un retour sur scène après presque trois années de silence. Mais ce "come back" ne visait pas réellement à présenter de nouvelles oeuvres. En effet, la plus grande partie du show était consacrée à l' interprétation de ses succès anterieurs, période Fugees et solo confondus (Fu-gee-la, Ready or Not, killing me Softly, Doo-Wop, Zion, Water et d' autres), ce qui n'a laissé que peu de place à de nouveaux titres. La performance vocale et scénique était toutefois de qualité, soutenue par des musiciens parfaitement au point. Ils ont sû valoriser les titres, notamment ceux de la période Unplugged qui ont béneficié d' arrangements énergiques très efficaces, et c' est avec beaucoup de plaisir que l' on a entendu à nouveau ses (déjà nombreux) classics. Rien à dire, l' artiste n' a évidemment rien perdu de ses qualités durant sa courte absence.

C' est tout de même avec un sentiment mitigé que j' ai quitté la salle. J' attendais un peu plus qu' un concert "best-of" de la part de Lauryn Hill à ce moment de sa carrière. Evidemment, il était vain d' ésperer un live composé de nombreux inédits, en revanche quelquechose d' un peu plus "original" de la part d' une artiste aussi talentueuse qu' elle aurait été souhaitable. Maintenant, je n' attends qu' avec plus d' impatience l' arrivée de nouveaux projets de sa part, en considérant ce concert comme le début d' un autre chaptire de sa carrière, aprés une période de doute relative à sa place dans le business de la musique.   

Malgré cela, il serait faux de dire que cela n' a pas été plaisant, l' ensemble du public a semblé largement satisfait par ce show, mais je ne peux m' empêcher de me dire que ce soir là, c' était plutôt du coté du New Morning et de Sharon Jones que j' aurais trouvé ce que je recherchais...

 

 

mardi, 28 juin 2005

Liste de quelques disques de Hip Hop parus entre 1990 et 2000 me semblant indispensables:



1990 PEOPLES' S INSTINCTIVE TRAVELS AND THE PATHS OF RYTHM
Issus du collectif des Native Tongues, comme le groupe De La Soul, ils figurent parmi les pionniers du Hip Hop. Mené par Q Tip et sa voix acide ainsi que les moins connus Ali Saheed Muhammad (producteur) et Phife Dawg (performant Mc trop souvent dans l' ombre de Q-Tip), A Tribe Called Quest livre un Hip Hop teinté Soul-Jazz qui fait le plus grand bien aux oreilles. Rien d' autre à dire, il suffit d' écouter...
3 sons au hasard: - I Left My Wallet ( In El Segundo)
-Bonita Applebum
-Can I Kick It




1993 ENTER THE WU-TANG: 36th CHAMBER
Petite révolution dans l' univers du Hip Hop à la sortie du premier opus du collectif de Staton Island emmené par le talentueux Mc-producteur RZA et tous ses disciples charismatiques parmi lesquels Method Man, ODB (R.I.P.), GZA et Raekwon entre autres. Le Wu-Tang, ce n' est pas seulement la musique, ils ont sû promouvoir leur image en developpant un merchandising varié. Du Hip Hop ancré dans la tradition New-Yorkaise mais sur les rhythmiques si particulières de celui qui se fait aussi appeller Bobby Digital. Une mise en scène travaillée au service d'un univers délirant et sombre a la fois.
3 sons au hasard:- Shame on a Nigga
- C.R.E.A.M
- Tearz






1994 RESURRECTION
Deuxième album de l'artiste natif de Chicago (épaulé par NoId à la production) qui rompt avec la tendance "gangsta rap", en créant un son plutôt soul et des lyrics véritablement poétiques. L'occasion pour Common d'inaugurer et de fixer les principes de son style actuel. En effet, les excentricités vocales du premier album ont laissé place à une sérénité assumée, mais néanmoins rythmée. Sonorités colorées au service d'un flow entrainant, ce disque restera un classique du Hip hop.
3 sons au hasard: - Resurrection
- I used to Love HER
- In My Own World







1994 ILLMATIC
Premier essai pour le MC de Queensbridge Nasir Jones aka Nas. Une formule particulière, presque autant de producteurs que de tracks (et pas des moindres: DJ Premier, Large Pro, Pete Rock...) pour l' album de rap que beaucoup considèrent comme le meilleur de tous les temps. Agé alors de vingt ans à peine, Nas impose son style sans aucun complexe, inimitable, que lui même peinera à égaler par la suite.
3 sons au hasard: - N.Y. State of Mind
- Halftime
- Memory Lane




1996 KOLLAGE
Une femme, eh oui et une diva du hip hop, qui n'a jamais usé du visible pour promouvoir ses disques, déjà une performance. Mais au delà il s'agit d'une vériable étrangeté artistique. Originaire de Philadelphie et proche des Roots, elle s'inscrit dans l'idée d'un rap refusant de se compromettre dans l'auto suffisance.Sa voix suave et inquiétante se met au service d'un univers saisissant de pureté.
3 sons auhasard: - Spontaneity
- Innovation
- 3 Tha Hard Way




1996 WRATH OF THE MATH
Ici encore, pas de compromis. Pour son deuxième album, Jeru the Damaja, avec l' intention de "sauver le Hip Hop et l' esprit de ceux qui l' écoutent" livre un album des plus sombres, entièrement produit par DJ Premier et Guru. Il y règle ses comptes avec les acteurs d' un rap sans conviction et commercial, le label Bad Boy de Puff Daddy en premier lieu sur le morceau sur One Day. Surement pas pour égayer les soiréés d' été, mais si vous aimez le Hip Hop rude et engagé, voici un excellent album.
3 sons au hasard:- The Frustrated Nigga
- Black Cowboys
- One Day




1999 THE BEST PART
Premier LP du Mc et aussi professeur à New-York, qui est un véritable artisant du Hip Hop; il est aussi un excellent DJ et beatmaker. Cet album, qui selon son auteur a été le fruit d' une décennie de travail, fait partie de ces trop nombreux disques (pratiquement tous ceux présentés ici...) n' ayant pas béneficié d' une large promotion, label indépendant oblige, mais il mérite que l' on s'y intéresse.
3 sons au hasard: - Got What it Takes
- Them That' s Not
- The Best Part





1999 BLACK ON BOH SIDES
Premier album en solo du charismatique Mos Def, originaire de Brooklyn, qui lance un véritable ovni sur la scène Hip Hop. Alternant les séquences de chants sur fond soul, et les beats plus virulents ou son flow se déchaine Mos Def traverse les frontières. Cette ecléctisme est d'ailleurs le moteur de sa carrière, Mos Def véritable touche à tout de génie s'essaiera au cinéma, et se paiera le luxe d'une pièce à Browdway, sans jamais pour autant perdre de vue la musique qu'il continue d'experimenter.
3 sons au hasard: - Hip Hop
- Speed Law
- Climb



1999 THINGS FALL APART
Groupe issu de philadelphie emmené par ?uestlove et Bkack Thought, l'une des formations musicales les plus impressionantes de la fin du XXe siècle, connu bien au delà du milieu Hip Hop. Toujours en marge du rap médiatique, ils se sont fait connaitre par leurs performances scéniques phénomales. Avec cet album ils entrevoient le début du succès commercial et le public découvre des chansons dont ils feront des standards. Restant fidèles à leur éthique les Roots continuent de propager un son pur dans le Hip Hop, et surtout lors de concerts qu'is donnent par centaines depuis plus de quinze ans. Ils ont aussi le mérite de faire connaître des artistes émergents via la scène et leur excellent portail: www.okayplayer.com
3 sons au hasard: - Step into the Realm
- Double Trouble
- 100% Dundee




2000 BODY OF THE LIFE FORCE
Issu de New York, mais tout droit sorti d'un manga japonais, amateur de Tae Kwon Do et de philosophie Bouddhiste, Afu-ra est un artiste de genre "bionique", qui livre un premier album à l univers délirant produit par le talentueux DJ Premier. De bons beats, un flow energique, aux sonorités parfois Reggae Afu-Ra est un artiste du second degré qui s'est crée un monde dans lequel il exprime pleinement son excentricité.
3 sons au hasard: - Defeat
- Equality
- Whrlwind Thru Cities

Voilà, pour ceux que ça intéressera, bonne écoute!